Le gluten. Déjà bien assez accusé d’être un fauteur de troubles digestifs, voilà qu’il pourrait aussi jouer un rôle dans ce qu’on appelle les intolérances croisées. Si vous êtes allergique ou sensible à certains aliments et que vos symptômes semblent s’amplifier lorsque du blé entre en jeu, vous n’êtes pas seul. Mais comment le gluten peut-il interagir avec d’autres allergies ou sensibilités alimentaires ? Plongée dans un phénomène complexe où le gluten, le blé, et bien d’autres acteurs partagent la scène.

Intolérances croisées : qu’est-ce que c’est exactement ?
Les intolérances croisées désignent une situation où le système immunitaire réagit à plusieurs substances différentes qui partagent des structures similaires. Par exemple, une personne allergique au pollen peut également réagir à certains fruits ou légumes en raison de protéines communes.
Dans le cas du gluten et du blé, les intolérances croisées se manifestent souvent avec :
- D’autres céréales contenant du gluten (seigle, orge).
- Des aliments riches en FODMAPs (sucres fermentescibles).
- Des allergies alimentaires spécifiques, comme celle au maïs ou au soja.
Le blé : un cocktail complexe de protéines
Le gluten n’est qu’une des nombreuses protéines présentes dans le blé. Cette céréale contient également des prolamines (gliadine et gluténine), des albumines et des globulines, toutes susceptibles de déclencher des réponses immunitaires. Ces protéines complexes expliquent pourquoi certaines personnes réagissent au blé sans être spécifiquement intolérantes au gluten.
Une étude publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology a révélé que les allergies au blé peuvent être associées à une sensibilité croisée avec d’autres céréales, mais aussi avec des aliments complètement différents, comme certains fruits ou légumes.
Gluten et FODMAPs : une confusion fréquente
Beaucoup de personnes attribuent leurs ballonnements et douleurs abdominales au gluten, alors que les véritables coupables pourraient être les FODMAPs, des sucres fermentescibles également présents dans le blé. Ces FODMAPs, comme le fructane, peuvent provoquer des symptômes similaires à une hypersensibilité au gluten : ballonnements, gaz, douleurs intestinales.
Pour compliquer les choses, les aliments riches en gluten (pains, pâtes) sont aussi souvent riches en FODMAPs, ce qui rend difficile de distinguer la cause des symptômes.
Allergies croisées : quand le blé interagit avec d’autres aliments
Les allergies croisées se produisent lorsque des protéines similaires dans différents aliments trompent le système immunitaire. Avec le blé, cela peut se produire avec :
D’autres céréales
Les personnes allergiques au blé peuvent également réagir à des céréales contenant des protéines proches, comme :
- Le seigle et l’orge (riches en gluten).
- L’avoine, bien qu’elle soit naturellement sans gluten, est souvent contaminée lors de la production.
Le maïs
Bien que le maïs soit sans gluten, des études ont montré des réactions croisées entre le maïs et le blé chez certaines personnes. Une analyse publiée dans Allergy a souligné que certaines protéines du maïs sont suffisamment similaires à celles du blé pour déclencher une réponse immunitaire.
Les fruits et légumes (syndrome pollen-aliment)
Le blé est également lié au syndrome pollen-aliment, où des allergies respiratoires au pollen (comme celui de l’herbe ou des graminées) peuvent entraîner des réactions à certains fruits, légumes ou noix. Par exemple :
- Allergie au pollen de graminées → réaction aux tomates, melons ou pêches.
- Allergie au blé → réaction amplifiée par une sensibilité aux fruits riches en protéines similaires.
Gluten, microbiote et perméabilité intestinale : le cercle vicieux
Le gluten peut également contribuer à des intolérances croisées en affectant la santé de l’intestin.
La perméabilité intestinale
Chez certaines personnes, le gluten stimule la production de zonuline, une protéine qui régule l’ouverture des jonctions serrées dans la paroi intestinale. Une surproduction de zonuline peut provoquer une « perméabilité intestinale » (ou « leaky gut »), permettant à des particules alimentaires de pénétrer dans la circulation sanguine.
Ces fuites intestinales peuvent sensibiliser le système immunitaire à d’autres aliments, créant ou exacerbant des intolérances croisées.
Le microbiote intestinal
Un microbiote déséquilibré, souvent observé chez les personnes hypersensibles au gluten, peut également jouer un rôle. Les bactéries intestinales aident à digérer les protéines alimentaires et à réguler l’immunité. Si le microbiote est perturbé, les protéines mal digérées du blé (ou d’autres aliments) peuvent déclencher des réactions immunitaires.
Les facteurs environnementaux qui amplifient les intolérances croisées
- Usage intensif de pesticides : Les résidus de pesticides sur le blé et d’autres aliments peuvent irriter la paroi intestinale, augmentant la sensibilité croisée.
- Aliments ultra-transformés : Les additifs, conservateurs et autres substances présentes dans les aliments industriels à base de blé peuvent interagir avec le microbiote ou les réponses immunitaires.
- Stress chronique : Le stress affaiblit la barrière intestinale et exacerbe les réactions inflammatoires, augmentant le risque de sensibilités croisées.
Que faire en cas d’intolérances croisées ?
Si vous pensez souffrir d’intolérances croisées impliquant le gluten ou le blé, voici quelques conseils :
- Consultez un professionnel de santé : Un allergologue ou un nutritionniste peut vous aider à identifier les aliments responsables via des tests spécifiques.
- Essayez un régime d’éviction : Supprimez temporairement les aliments suspects (blé, autres céréales) pour observer les améliorations.
- Privilégiez des aliments entiers et variés : Réduisez les aliments ultra-transformés et favorisez les céréales alternatives (riz, quinoa, millet).
- Prenez soin de votre microbiote : Consommez des fibres, des prébiotiques et des probiotiques pour renforcer la santé intestinale.
Le gluten et le blé sont souvent au centre des intolérances croisées en raison de leur composition complexe et de leurs interactions avec d’autres aliments. Si le gluten n’est pas nécessairement le coupable principal, il peut exacerber des sensibilités ou contribuer à des réponses immunitaires amplifiées.
La clé pour gérer ces situations est d’écouter son corps, d’adopter une alimentation variée et de chercher des solutions adaptées à ses besoins. Car, au bout du compte, comprendre les subtilités des intolérances croisées, c’est reprendre le contrôle de son assiette… et de son bien-être.